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L’Education Populaire au Sénégal

L’Education Populaire au Sénégal, un levier pour l’affirmation d’une citoyenneté participative : L’expérience d’AUPEJ au SENEGAL

(téléchargez le document ici)

Face à la mondialisation de domination économique, capitaliste, qui a comme effet induit négatif dans nos pays:

 

le renforcement des mécanismes d’exclusion et de marginalisation du plus grand nombre de l’accès au savoir et au savoir faire

la non participation des populations à la gouvernance de leur quartier, villages, villes et de leur pays

L’éducation populaire constitue, pour les populations, dans un contexte de non reconnaissance sociale, le principal levier pour conquérir ou reconquérir leur citoyenneté confisquée ou perdue, de se réapproprier leur propre histoire et de rester maître de leur devenir.

Nos constats

Plusieurs constats ont été à la base de nos initiatives d’éducations populaires :

L’école française d’essence et d’inspiration coloniale avait fini de se substituer aux autres espaces de socialisation et d’éducation. Elle n’a pas su intégrer les dimensions ou autres formes d’éducation locales

L’éducation est réduite à la scolarisation

Les savoirs et savoirs locaux n’étaient pas reconnus

Une hiérarchisation des savoirs qui met en avant les savoirs académiques et les savoirs scolaires

Une forte inadéquation entre formation et emploi

Les Programmes d’Ajustement Structurel imposés par la banque mondiale et le FMI a favorisé le désengagement de l’état du secteur éducatif

Les périphéries sociales s’élargissent et d’importantes franges de la population sont exclues de leur citoyenneté par leur non accès aux savoirs et leur non participation à la gouvernance de leur localité

D’importantes initiatives de développement sont prises par les populations ; elles restent cependant cloisonnées et non valorisées

Il apparaît à l’analyse qu’on ne peut pas construire une ville, un quartier, un pays sans la participation des populations.

Nos Hypothèses

Toutes les situations vécues, les histoires de vie sont des situations éducatives : A l’occasion de toutes les situations vécues, des apprentissages techniques, sociaux culturels et politiques sont possibles

Le management participatif des situations vécues peut conduire au changement social et politique : La réappropriation généralisée de la fonction éducative est une condition du changement social et politique

La pauvreté est pour une plus grande part le résultat d’une situation de monopole de la fonction éducative par des structures spécialisées

L’éducation pour tous et par tous passe par la valorisation des situations vécues

La créativité et la capacité organisationnelle sont des leviers du changement social

La démonopolisation de la fonction éducative est un enjeu et un défi pour chacun et chacune mais pour tous

Nos objectifs

Dé-monopoliser la fonction éducative

Restituer aux familles et aux quartiers leur puissance éducative

Impulser de nouvelles mutualités éducatives et sociales

Valoriser les initiatives éducatives et sociales porteuses de nouveaux sens créateurs

Valoriser la rue et le quartier comme des espaces d’apprentissage et d’auto apprentissage

Amener les populations à être des auteurs, acteurs de leur développement

Susciter et soutenir un mouvement social porté par les différents acteurs

Déconstruire les visions élitistes, exclusionnistes qui renforcent la domination néolibérale

Renforcer les capacités d’auto organisation, d’auto développement et d’auto défense des populations

Positionner l’éducation comme levier majeur du développement économique et social, un instrument pour l’émancipation de tous et de toutes

Contexte du programme

Présentation du Sénégal : En 2007, la population sénégalaise est estimée à 11.681.292 habitants répartis dans 11 régions, avec un taux d’accroissement naturel de 2,9% par an. Ce taux relativement élevé a évidemment des répercussions sur l’ampleur de la demande en services sociaux, notamment en matière d’éducation et de santé. La structure par âge de la population sénégalaise présente en effet les caractéristiques d’une population très jeune : les moins de 15 ans représentent 47% de la population et 58% des sénégalais ont moins de 20 ans. Le taux d’accroissement naturel de la population est aussi plus élevé en milieu urbain (3,9%) qu’en milieu rural (2,1%) : cette différence est due essentiellement à l’exode rural, qui reflète une crise profonde du monde rural et plus particulièrement, du secteur agricole. Ces flux de migrants qui abandonnent leurs villages pour s’installer dans les zones urbaines sont particulièrement préoccupants car ils privent les campagnes d’une partie de ses forces vives (ce sont surtout les hommes et les jeunes qui émigrent vers les villes).

Nous avons travaillé de 1993 à aujourd’hui dans les quartiers périurbains de Dakar et à Tivaouane et dans les rues où les populations sont confrontées avec une grande précarité économiques et sociale. En effet L’évolution du Sénégal a été marquée à la fin des années 70 et durant toute la période des années par de profondes mutations sociales et économiques qui ont été fortement influencées par un environnement international défavorable avec notamment la détérioration des termes de l’échange et les années de sécheresse qui ont induit une dégradation des ressources naturelles en milieu rural et une crise agricole se traduisant par une baisse continue des productions agricoles et des revenus des agriculteurs. Ces différents phénomènes conjugués ont provoqué l’exode massif des ruraux vers les grandes villes.

L’urbanisation progressive a favorisé l’émergence de banlieues pauvres où les populations laissées à elles-mêmes tentent de prendre en charge l’amélioration de leurs propres conditions de vie. L’application des politiques d’ajustement structurel et la dévaluation du Franc CFA intervenue en 1994 ont limité les capacités d’intervention de l’Etat et exacerbé les difficultés des populations confrontées à la rareté des ressources. Parmi la population active, les salariés des secteurs privé et public représentent environ 20 %. L’économie informelle en occupe 80 %. Les activités les plus en vue sont le petit commerce de rue et l’artisanat de production et de service.

Le revenu familial moyen tourne autour de 70 euros /mois pour une famille de 12 membres.

Ancrage social du programme

Le programme a mobilisé les femmes des quartiers défavorisés du milieu périurbain et rural, les enfants et jeunes vivants des situations d’exclusion et de marginalisation dans les rues, les personnes handicapées mendiants notamment. Nous avons résolument choisi de faire un ciblage social qui est loin d’être neutre car ceux et celles qui sont d’une manière ou d’une autre été exclu (e) s de leur citoyenneté ont été des composantes essentielles des différents programmes mis en place. Il s’est surtout agit d’impulser une dynamique de changement personne au niveau de chaque personne, de chaque groupe en faisant émerger de nouveaux espaces de mutualité.

Education populaire et changement social

L’éducation populaire fait le pari sur les personne et les groupes avec tout ce qu’ils recèlent de richesse culturelle et sociale. Les valeurs d’amour, de paix, d’entraide de respect mutuel, de reconnaissance de sociale et de solidarité sont affirmées comme principes fondateurs de l’éducation populaire qui offre un cadre propice à l’expression d’une mentalité plus humaine et plus intégrative. Les co-apprentissages facilitent les solidarités éducatives. Chacun et chacune est ressource pour l’autre et le groupe permet les partages de savoir favorisant les acquisitions à travers l’installation de compétences cognitives et instrumentales durables.

La mise en réseau des groupes de recherche action sur l’éducation populaire installés dans les différents quartiers et évoluant dans une diversité d’activités productives, contribue au changement d’échelle. L’intervention sur une échelle significative est gage d’une transformation sociale.

Changer de regards un enjeu éminemment politique

L’auto questionnement individuel et collectif et / ou l’auto évaluation constituent des outils dynamiques pour réinterroger les pratiques et renouveler les regards sur soi même, sur nous-mêmes et sur nos contextes dans leur globalité fondamentale. C’est en changeant soi même qu’on arrive à changer les autres et à transformer positivement son environnement. L’auto évaluation individuelle et collective a pour but d’amener chacun à prendre conscience de ses capacités et de les valoriser dans une perspective de modifier qualitativement son rapport à lui-même et aux autres en se repositionnant comme porteur d’un projet. Les ajustements collectifs subséquents portent les germes d’une construction collective d’un projet de société

Vaincre les vulnérabilités sociales

Les femmes représentent la majorité de la population de la commune de Tivaouane. Elles subissent le plus les effets de la dégradation des conditions de vie. Du fait de leur manque de qualifications professionnelles, elles ne peuvent accéder à des emplois durables. Au sein des familles, elles ont la lourde mission de garantir l’entretien de tous les membres de la famille. Généralement analphabètes, les femmes éprouvent beaucoup de difficultés pour accéder à l’information et aux connaissances nécessaires au maintien et à l’amélioration de leur santé et de leurs conditions de vie. Dans la commune de Tivaouane, les femmes en âge de procréer ont en moyenne 5 enfants. Confrontés à une progéniture nombreuse, les femmes rencontrent des difficultés à gérer efficacement les initiatives économiques qu’elles entreprennent. Les charges sociales constituent un péril pour les activités économiques. Malgré l’existence d’un contexte qui leur est défavorable, les femmes font preuve d’un dynamisme certain. Les jeunes majoritairement « victimes » de la crise de l’emploi salarié, d’un systéme éducatif peu performant, n’entrevoient pour l’essentiel que l’émigration clandestine vers l’occident ou les Amériques présentés comme l’Eldorado.

Les différentes activités développées dans le cadre du renforcement de la citoyenneté des femmes et des jeunes ont permis à celles-ci de révéler de réelles capacités d’initiative et d’organisation. Elles ont progressivement évolué pour devenir des femmes entrepreneurs. Les jeunes se sont aussi de nouvelles perspectives en aménageant de nouveaux créneaux socio économiques. Les femmes et les jeunes sont devenus aujourd’hui les acteurs les plus visibles de l’économie sociale populaire qui entretient des filets de sécurité amenant à des milliers de familles à tirer leur épingle du jeu économique et à vivre dans la dignité.

Education populaire et renforcement de la gouvernance concertée

Au commencement de la pauvreté il y’a la crise de la gouvernance sinon des modes de gouvernance inappropriés

Il s’ensuit une pauvreté politique qui empêche le plus grand nombre d’assurer leur part de citoyenneté. Ce qui renforce leur non accès aux richesses. Le mode de gouvernance détermine le profil des sociétés et l’état de leur maturité citoyenne. La gouvernance est dés lors transversale à tous les domaines de la vie. Elle exige des capacités citoyennes, des instruments performants et des mécanismes appropriés. La participation est une condition nécessaire pour une gouvernance porteuse de développement durable. Or les rapports de pouvoir entre les groupes et les différentes familles d’acteurs populaires et institutionnels constituent un obstacle objectif.. Cependant la participation suppose des aptitudes, des capacités qu’il faut absolument installer sinon disposer pour être en mesure de pouvoir participer.

Il s’agit à cet effet de rompre les postures épistémologiques des différents acteurs dans les processus de décision car dans bien des situations c’est une minorité qui s’accapare des leviers de prise de décision, déterminent le mode d’allocations des ressources en fonctions des intérêts de groupe en excluant le plus grand nombre.

L’éducation populaire permet de recréer un rapport de force favorable au plus grand nombre qui ne sera plus confiné à la résistance et aux sempiternelles revendications ou lamentations.

L’éducation populaire restitue l’initiative aux personnes et groupes. Elle élèvent le niveau de citoyenneté des populations nn les amenant à acquérir des capacités de lecture, d’identification, d’analyse et d’élaboration de réponses et d’évaluation,. Elles vont dés lors s’engager dans la mise en œuvre d’alternatives économiques et sociales durables pour atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés. Les dispositifs organisationnels facilitent la communication interne au sein des organisations. Or la communication interne est un préalable pour la prise de décision concertée. Le renforcement de leurs aptitudes à critiquer et à interpeller les leaders locaux et surtout à faire accepter les propositions formulées pose les jalons de la gouvernance concertée.

Impacts/effets des activités

Activités

Impacts/effets

Leçons apprises

Ateliers de renforcement des capacités de lecture sociale et de communication Les acteurs ont une meilleure connaissance des mécanismes d’exclusion et de marginalisation économique et socialesLes acteurs ont des aptitudes à tisser des alliances et à développer des relations de construction avec les autres acteursLes capacités de négociation sociale des acteurs sont renforcéesLes images parentales sont revalorisées Les contextes de vie et d’évolution qui influence les situations de marginalité s’ils sont pas bien compris par ceux qui les subissent facilitent une mobilisation de ces derniers pour changer les choses
Rencontres d’échanges de pratiques et de partages d’expériences Les aptitudes à s’engager dans une démarche de recherche action sont acquisesLes capacités d’entrepreunariat et de gestion durable de projet et programme s’affirment Les co-apprentissages ont permis le développement de solidarité éducative et ont fait de chacun une ressource pour l’autre
Ateliers de changement personnel et social Les personnes et les groupes renouvellent le regard comme sur eux-mêmes et sur les autres personnes avec qui ils doivent interagirIls sont aptes à tisser des relations de confiance et prendre des initiatives La forte marginalité des groupes comme les personnes handicapées a beaucoup pesé sur le processus de changement personnel
Activités socio éducatives : physiques, sportives et culturelles Diversification des référentiels des enfants et jeunes et renforcement de leurs capacités de projection La culture et le sport sont de puissants de leviers pour l’éducation et la formation des enfants et des jeunes
Ateliers sur la non violence, la paix et les droits humains Installation de la culture de la paix Développement de programmes de promotion de droit humains intégrés dans les activités quotidiennes des personnes et des groupes La violence tout comme la culture de la paix nous renvoie aux questions sociétales fortes : comment promouvoir des sociétés ou un monde plus humain et plus habitable
Activités théâtrales et de communication sociale sur l’exclusion Réduction des espaces de tensions et de conflits, la rue et le quartier précaire ne sont plus vus comme des espaces de marginalisation Les images que nous renvoient la théâtralisation des situations de vie provoquent nous permettent d’amorcer notre propre changement. C’est en changeant que nous allons changer notre environnement
Appuie aux activités productives d’auto développement Les initiatives économiques de développement individuel et communautaires s’affirmentDes caisses d’épargne et de crédit auto gérées sont mises en ^place par les acteursL’économie redistributive se positionne comme rempart à la lutte contre la pauvreté du plus grand nombre L’exclusion et la domination par l’économique nous renseignent sur l’enjeu et le défi que constituent le renforcement des capacités financières et économiques des personnes et groupes concernés
Accompagnement Accès aux savoirs et savoirs des enfants et des jeunes Des espaces d’éducation et de formation au profit des jeunes sont progressivement installés dans les quartiers et mobilisent divers acteursDes quartiers éducatifs émergent lentementLes relations parents enfants se renforcentLes capacités d’auto insertion des enfants et des jeunes sont renforcéesApprentissages professionnels et sociaux des enfants renforcés

L’enjeu de l’éducation doit être porté par tous si nous voulons une société d’Auteurs et d’Acteurs

Le programme nous a amené à travailler avec 450 groupements mutualistes qui se sont organisés pour faciliter l’accès aux soins de leurs membres et de leur famille.

Les groupes mutualistes mis en place par les Organisations Communautaires de Base ont contribué à la gestion communautaire de la santé avec des comités de santé autogérés qui lui sert de bras séculier. Il en est de même des comités de gestion d’écoles animées par les populations ou des comités de salubrité qui sont acteurs décisifs dans la gestion de l’environnement dans leurs localités respectives. Le renforcement des capacités d’interpellation des populations permet d’asseoir un contrôle citoyen.

Je voudrais souligner que plusieurs personnes composées de femmes, d’hommes et de jeunes se sont organisées autour de groupements d’économie d’échanges solidaires qui s’activent au Sénégal et dans la sous région Afrique de l’Ouest dans des activités d’auto développement.

Il importe à l’heure actuelle de renforcer la mise en réseau des organisations qui portent des programmes d’éducation populaire dans les pays du Sud et du Nord en vue de fédérer les différentes initiatives situées de part et d’autres des frontières artificielles qui servent des intérêts des classes capitalistes, bourgeoises et dominatrices du monde.

Une nouvelles mondialité est à bâtir. Elle surgira inévitablement des entrailles de l’Education populaire

L’éducation populaire telle que nous l’envisageons dans nos programmes est fondée sur des pratiques d’auto organisation d’auto gestion et de solidarités émancipatrices autour des savoirs et savoirs faire. Elle contribue à la reconnaissance sociale des acteurs en leur restituant l’initiative et leurs capacités éducatives.

Le décloisonnement des espaces d’éducation, la mise en réseau des acteurs et des expériences participent de l’impulsion d’un mouvement social porté par chacune et tous



One Response




  1. j’habite a tivaouane et c la premiere fois que je visite votre sitre et je trouve l’interface pas du tout marketing, c en construction ou bien.

    je vous felicite quand meme mais je vois qu’il n ya pas de buzz a votre sujet a tivaouane.

    j’ia aussi un site qui parle de tivaouane
    ndongfarba.blog.fr
    ndongfarba.samasite.com
    bien des choses a vous

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